Ordre des Inventeurs et Innovateurs Européens

Preuve de concept : le maillon qui casse

8 avril 2024


Dans un classement européen, la Roumanie figure à la dernière place. Le chiffre qui l’explique le mieux n’est pas celui de la première page du rapport.

Les chiffres

En 2024, la Roumanie a consacré à la recherche et au développement 0,5 % de son PIB — le niveau le plus faible de l’Union européenne, à égalité avec Malte, contre une moyenne européenne de 2,2 %.

Dans le tableau de bord européen de l’innovation 2025, la Roumanie affiche un indice d’innovation de 37,7 % de la moyenne européenne et occupe la 27e place sur 27.

Mais le chiffre le plus parlant n’est aucun de ceux-là. C’est celui-ci : à l’indicateur « PME introduisant des innovations de procédé », la Roumanie se situe à 0 % de la moyenne européenne. Pour les innovations de produit — 11,8 %. Pour la dépense de recherche des entreprises — 19,3 %.

Autrement dit : ce n’est pas seulement qu’on cherche peu. Ce que l’on cherche n’arrive pas dans les entreprises.

Ce qu’est réellement la preuve de concept

Entre « cela fonctionne en principe » et « cela fonctionne, ici, dans une boîte que je peux montrer à quelqu’un », il existe une étape qui porte un nom propre : la preuve de concept. Ce n’est pas de la recherche — la théorie est déjà faite. Ce n’est pas de la production — rien n’est fabriqué en série. C’est la démonstration que la chose peut vraiment être construite, avec les matériaux et les coûts du monde réel.

C’est aussi l’étape la plus ingrate. Elle ne produit pas d’articles scientifiques, donc elle ne compte pas sur le plan académique. Elle ne produit pas de revenus, donc elle ne compte pas sur le plan commercial. Elle dure entre trois mois et un an et coûte, en règle générale, moins de cinquante mille euros.

C’est précisément parce qu’elle est petite que personne ne la finance.

À quoi ressemble la solution, là où elle existe

Le Conseil européen de la recherche dispose d’un instrument dédié : la subvention ERC Proof of Concept — 150 000 euros sur 18 mois, précisément pour conduire un résultat de recherche vers une application. La somme est modeste selon les standards européens, et c’est bien l’idée : c’est une somme de passage, non un budget de développement.

Elle a toutefois une limite importante. Seuls les chercheurs qui détiennent déjà une bourse de l’ERC peuvent postuler. Par construction, c’est un instrument réservé à une élite déjà financée.

L’inventeur muni d’un brevet et sans université derrière lui — celui qui remplit les salons d’inventions — n’a pas d’équivalent.

Ce que cela signifierait, concrètement

Nous n’avons pas besoin d’un nouveau programme national. Il nous faudrait trois choses modestes.

Peu d’argent, vite. Des subventions de cinq à cinquante mille euros, avec un dossier de quelques pages et une décision en six semaines. À cette échelle, un bon évaluateur technique compte davantage qu’un règlement épais.

L’accès à un atelier. Un établi, une machine-outil, une imprimante 3D, un oscilloscope. Les universités les possèdent déjà ; ce qui manque, c’est la forme juridique permettant à un inventeur extérieur d’y travailler pendant six mois.

Un mentor technique, non un consultant. Quelqu’un qui a déjà mené un produit du dessin au rayon et qui regarde par-dessus l’épaule de l’inventeur une fois par semaine.

Pourquoi c’est l’intervention la moins coûteuse possible

À 0,5 % du PIB, le problème de la Roumanie n’est pas que l’argent est mal dépensé. C’est que, faute d’étape de passage, ce qui est dépensé ne se transforme en rien de visible. Un fonds de preuve de concept représente, en ordre de grandeur, de la menue monnaie budgétaire — et c’est le seul point de toute la chaîne où une petite somme change le résultat.

L’Ordre ne finance pas et ne produit pas ; son rôle est la reconnaissance, l’éducation et le réseau. Mais il vaut la peine de dire clairement où la chaîne se rompt, car c’est là que quelques personnes aux moyens modestes pourraient effectivement changer quelque chose.

Sources : Eurostat — dépenses de recherche et développement dans l’UE, 2024 ; European Innovation Scoreboard 2025, profil pays pour la Roumanie ; Conseil européen de la recherche — dispositif Proof of Concept.