Dans son rapport spécial de 2018 sur la lutte contre la désertification dans l’Union européenne, la Cour des comptes européenne indique qu’environ 30 % du territoire roumain présente des conditions arides ou semi-arides — en Dobroudja, en Moldavie, dans le sud de la Plaine roumaine et dans la Plaine de l’Ouest.
Ce n’est pas un problème proprement roumain. Chypre a 99 % de son territoire vulnérable, l’Espagne 74 %, le Portugal plus de la moitié de son territoire continental. Mais la manière dont il se répartit chez nous — sur les meilleures terres agricoles du pays — le rend plus coûteux qu’ailleurs.
À quelle vitesse cela avance
Le chiffre qu’il faudrait citer davantage n’est pas celui du stock, mais celui de la vitesse. Entre 2008 et 2017, la superficie européenne à sensibilité élevée ou très élevée à la désertification a augmenté de 177 000 km² — la Grèce et la Slovaquie réunies. Les zones à sensibilité très élevée ont presque triplé, passant de 10 000 à 28 000 km².
Neuf ans. C’est un rythme qui ne laisse pas de place au débat sur l’opportunité d’agir.
Ce qu’a établi l’audit européen
Les auditeurs ont conclu que le risque de désertification dans l’UE n’était pas traité de manière efficace et efficiente. La Commission n’avait pas une vision claire du phénomène, les mesures prises manquaient de cohérence, il n’existait ni méthodologie d’évaluation convenue ni stratégie dédiée.
Il vaut la peine de lire attentivement ce que cela signifie : le problème n’était ni inconnu ni dépourvu de moyens. Il manquait d’une structure qui le traite comme un problème unique, mesurable et relevant de la responsabilité de quelqu’un.
La part qui se résout techniquement
La désertification n’est pas un problème unique, mais un faisceau de problèmes plus petits, dont beaucoup sont des problèmes d’ingénierie :
L’eau qui ne reste pas. La rétention de l’eau dans le sol à l’échelle de la parcelle, avec des solutions bon marché — non pas des systèmes nationaux d’irrigation, mais ce qu’une ferme de trente hectares peut acheter.
Le sol qui perd sa matière organique. Des amendements produits localement, y compris à partir des résidus évoqués dans l’article sur la biomasse. Les deux problèmes partagent une matière première.
Le sable qui avance. Les rideaux forestiers sont une solution ancienne et éprouvée ; ce qui manque n’est pas l’idée, mais les essences adaptées aux conditions actuelles et une manière de les installer vite et à bas coût.
La mesure. Sans données à l’échelle de la parcelle, impossible de savoir ce qui fonctionne. Les capteurs bon marché d’humidité et de composition du sol sont un domaine où une bonne solution trouve un marché immédiat.
Pourquoi c’est un sujet pour les inventeurs, et pas seulement pour les gouvernements
Parce que les problèmes ci-dessus partagent un trait : ils se résolvent à petite échelle, de façon répétée, sur des milliers de parcelles. Ils n’ont pas besoin d’un programme national pour commencer ; ils ont besoin d’équipements et de méthodes qu’un agriculteur peut acheter et utiliser seul.
C’est d’ailleurs la définition pratique d’une invention appliquée : une solution assez bon marché et assez simple pour que son adoption ne dépende pas d’une décision politique.
Source : Cour des comptes européenne, rapport spécial 33/2018, « Lutter contre la désertification dans l’UE : une menace croissante qui appelle une action renforcée ».