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La diaspora : un pont pour les idées roumaines

2 avril 2025


Chaque fois que l’on parle de la diaspora comme d’une ressource, on cite un grand chiffre et l’on en tire une conclusion générale. Le chiffre est réel, la conclusion est d’ordinaire inutile. Les données plus fines disent autre chose, et quelque chose d’utile.

Ce que montrent les données

Selon une analyse de l’OCDE, en 2015/2016 quelque 3,6 millions de personnes nées en Roumanie vivaient dans des pays de l’OCDE — environ 17 % de l’ensemble des personnes nées en Roumanie. La Roumanie avait la cinquième diaspora en taille rapportée à sa population et le taux d’émigration le plus élevé parmi les dix principaux pays d’origine.

Les plus grandes communautés : l’Italie, plus d’un million ; l’Allemagne, 680 000 ; l’Espagne, 573 000.

Le chiffre qui compte, et pourquoi il est caché

Environ 23 % des émigrants roumains dans les pays de l’OCDE étaient titulaires d’un diplôme du supérieur — onze points de pourcentage sous la moyenne des personnes nées à l’étranger. Lue seule, cette donnée ressemble à une mauvaise nouvelle.

Mais la moyenne masque tout ce qui est intéressant. Ventilée par destination, la part des diplômés du supérieur se présente ainsi : Canada, près de 80 %. États-Unis, 54 %. France et Royaume-Uni, environ 35 %. Italie, 7 %.

La même diaspora, le même pays d’origine, un écart de plus de dix fois entre les destinations.

Ce que cela signifie pour la circulation des idées

Cela signifie que « la diaspora » n’est pas une chose unique et ne peut être abordée par un message unique. Le pont pour les idées techniques n’est pas la diaspora en général — c’est une partie précise d’elle, en des lieux précis, où l’émigration roumaine est concentrée du côté hautement qualifié.

La conséquence pratique est d’une simplicité inconfortable : un appel général aux « Roumains de partout » manque sa cible par construction. Un lien avec les chercheurs roumains des universités canadiennes ou américaines est une action avec une adresse, réalisable avec peu de moyens et produisant des résultats vérifiables.

Ce qu’un pont peut concrètement faire

Il peut dire à quoi ressemble le problème vu de l’intérieur. Un ingénieur roumain dans une entreprise allemande sait ce que cette entreprise achète et pourquoi. Cette information ne figure dans aucune étude de marché accessible à un inventeur en Roumanie.

Il peut valider tôt. Une demi-heure de conversation avec quelqu’un du domaine peut épargner six mois de développement dans une direction sans issue.

Il peut ouvrir la bonne porte. Non pas des « relations » au sens ancien, mais simplement le fait de savoir à qui demander.

Il peut renvoyer la méthode, et pas seulement la personne. Le débat sur la diaspora se mène d’ordinaire en termes de retour. Or ce qui revient le plus facilement, ce ne sont pas les gens — ce sont les pratiques : comment s’organise un laboratoire, comment se rédige une demande de brevet qui tient, à quoi ressemble un processus d’évaluation qui ne punit pas la nouveauté.

Ce qui n’aide pas

Le discours affectif sans demande concrète. Quelqu’un parti depuis quinze ans, avec une carrière et une famille là-bas, ne répond pas à un appel au patriotisme ; il répond à une question précise à laquelle il a une réponse et que personne d’autre ne lui a posée.

C’est peut-être la seule recommandation qui compte : n’appelez pas la diaspora. Demandez-lui quelque chose.

Source : OCDE, « Talent Abroad: A Review of Romanian Emigrants ».