Il y a des pays qui connaissent leurs inventeurs mieux que leurs champions sportifs. La Roumanie n’en fait pas encore partie — bien qu’elle ait toutes les raisons d’en faire partie.
Une galerie que nous ne regardons plus
En 1906, Traian Vuia a soulevé du sol un appareil plus lourd que l’air, décollant exclusivement par ses propres moyens. Aurel Vlaicu a construit ses avions de ses mains. Henri Coandă a donné son nom à un effet aérodynamique encore étudié aujourd’hui dans toutes les écoles d’ingénieurs. Nicolae Paulescu a ouvert la voie au traitement du diabète. Ștefan Odobleja a anticipé la cybernétique. Et la liste continue avec des centaines de noms moins célèbres — ingénieurs, chimistes, médecins, agronomes — qui ont couvert de médailles les salons internationaux d’inventions.
Nous ne parlons donc pas d’un pays sans tradition. Nous parlons d’une tradition sans public.
Entre le musée et le classement
Le paradoxe est douloureux : le même pays qui a donné cette galerie de créateurs figure aujourd’hui au bas des classements européens de l’innovation. Les explications sont nombreuses — historiques, économiques, institutionnelles —, mais l’une d’elles est à notre portée : les modèles. Un jeune grandit vers ce qu’il voit honoré. Quand les inventeurs manquent dans les manuels, dans la presse et dans la conversation publique, leur chemin cesse de ressembler à un chemin.
Ce que veut dire reconquérir une tradition
Cela ne veut pas dire de la nostalgie. Cela veut dire trois choses très concrètes. D’abord, la mémoire : les histoires des inventeurs roumains racontées de nouveau, avec justesse et vivacité, à la génération qui choisit aujourd’hui sa voie. Ensuite, la continuité : la reconnaissance publique de ceux qui inventent maintenant — car une tradition n’est pas ce qui fut, mais ce qui continue. Et enfin, l’éducation : la culture de la création technique enseignée et pratiquée, non seulement admirée.
Notre rôle
L’Ordre des Inventeurs et Innovateurs Européens s’est donné exactement cette mission : relier la galerie du passé aux ateliers du présent. Dans le Journal, nous raconterons les histoires ; par les distinctions de l’Ordre, nous honorerons le présent ; par les programmes éducatifs, nous préparerons la suite.
Car une tradition ne se garde pas en vitrine. Elle se garde dans les personnes — et ces personnes doivent être vues.