Ordre des Inventeurs et Innovateurs Européens

Les salons d’inventions : là où la créativité de l’Europe devient visible

23 mai 2025


Les salons d’inventions sont d’ordinaire traités comme de sympathiques expositions où l’on distribue des médailles. Le jugement est injuste, et injuste d’une manière qui en dit long sur nous.

Pour un chercheur d’une grande université, un salon d’inventions est en effet un événement secondaire : il a des conférences, des revues, un réseau. Pour l’inventeur isolé — le professeur de lycée avec un brevet, l’ingénieur qui a construit quelque chose dans son propre atelier — les salons sont souvent le seul endroit où il peut être vu.

EUROINVENT

À Iași, au Palais de la Culture, se tient chaque année l’Exposition européenne de créativité et d’innovation — EUROINVENT. Elle est organisée par le Forum des inventeurs roumains avec Europe Direct Iași, l’Université technique « Gheorghe Asachi » et l’Université « Alexandru Ioan Cuza », et se présente comme la plus grande manifestation du genre en Europe de l’Est. Une édition récente a exposé plus de 690 inventions et projets.

Elle comporte quatre sections, et leur combinaison est moins ordinaire qu’il n’y paraît : l’exposition d’inventions et de recherche, une conférence internationale, un salon du livre technico-scientifique et artistique, et une exposition européenne d’art visuel. Peu d’événements du domaine placent la création technique à côté de la création artistique — et qui a lu ce que j’ai écrit sur l’inventique entre science et art comprendra que ce rapprochement n’a rien de décoratif.

Le réseau derrière

Les salons ne sont pas des événements isolés. Une structure internationale les relie : l’IFIA, Fédération internationale des associations d’inventeurs, fondée à Londres le 11 juillet 1968 par des représentants de sept pays européens — Danemark, Finlande, Allemagne, Grande-Bretagne, Norvège, Suède et Suisse.

Elle a aujourd’hui son siège à Genève, réunit quelque 175 organisations membres de plus de 100 pays et dispose du statut d’observateur auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et de la CNUCED, du statut consultatif auprès de l’ONUDI et du statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social de l’ONU depuis 2019. Elle siège au comité consultatif permanent auprès de l’Office européen des brevets.

Autrement dit : le système de reconnaissance des inventeurs existe à l’échelle internationale, il a près de six décennies et il est relié aux institutions qui fixent les règles de la propriété intellectuelle. Ce qui manque d’ordinaire, c’est le lien entre lui et l’inventeur dans sa propre ville.

À quoi sert concrètement une médaille

Pas à ce que l’on croit. Une médaille dans un salon international ne vend pas l’invention et ne convainc pas un fabricant.

Elle fait cependant trois choses réelles. Elle date — il existe une preuve publique, avec témoins, que la solution existait à cette date. Elle ouvre une porte — un courriel signé par quelqu’un qui détient une distinction internationale reçoit plus souvent une réponse qu’un courriel anonyme. Et elle change la façon dont celui qui a créé se voit lui-même, ce qui, pour quelqu’un qui travaille seul depuis des années, n’est pas un détail sentimental mais la condition de continuer.

Ce qui mériterait de changer

Un salon ne fait que la moitié de son travail s’il s’achève sur la remise des prix. L’autre moitié, ce sont les mois qui suivent : qui met en relation l’invention primée et l’entreprise qui a le problème, qui aide au dépôt du brevet dans d’autres pays, qui vérifie où la solution en est deux ans plus tard.

Cette part n’incombe pas aux organisateurs — ils font déjà plus que ce qui leur revient. Elle relève de ce que j’ai appelé ailleurs le maillon qui casse.