La compétitivité d’une économie industrielle dépend du nombre de personnes capables de formuler un problème technique et d’en concevoir une solution originale. Cette capacité n’est pas un don réservé à quelques-uns. Elle se forme, elle s’entraîne et, faute d’entraînement, elle s’atrophie.
L’école roumaine forme bien des résolveurs de problèmes donnés. Elle forme beaucoup moins bien des formulateurs de problèmes nouveaux. Entre les deux se tient exactement la différence entre un exécutant technique compétent et un inventeur.
La créativité technique est une discipline, non une ambiance
Il existe un corps de méthodes formalisées pour produire systématiquement des solutions techniques : analyse fonctionnelle, méthodes de dépassement des contradictions techniques, techniques de reformulation du problème. Elles s’enseignent, elles s’exercent et elles produisent des résultats mesurables.
Chez nous, elles apparaissent ponctuellement, dans quelques cours optionnels de facultés techniques, et sont presque entièrement absentes de l’enseignement préuniversitaire. Un élève peut traverser douze années d’école sans qu’on lui demande une seule fois de concevoir quelque chose qui n’existe pas.
L’inventique et les bases de la création technique devraient exister comme discipline optionnelle structurée dans les lycées technologiques, avec un programme et des supports unifiés, et comme discipline obligatoire dans les cursus de licence en ingénierie.
La barrière n’est pas cognitive, elle est psychologique
Le principal obstacle à la pensée créative n’est pas l’absence de capacité intellectuelle, mais la crainte de l’erreur et de l’exposition. Un élève qui a appris que la mauvaise réponse est sanctionnée évitera systématiquement l’hypothèse non vérifiée — c’est-à-dire précisément l’opération mentale dont naissent les inventions.
C’est un problème de méthode pédagogique, non de contenu. Il se résout par des formats de travail où l’hypothèse non validée est explicitement demandée et évaluée comme telle.
La formation continue des enseignants de l’enseignement technique aurait besoin d’un module consacré à la conduite des processus de production d’idées et à l’évaluation de la production créative, distinct de l’évaluation des connaissances.
L’école et l’industrie se rencontrent rarement
L’élève et l’étudiant de l’enseignement technique rencontrent rarement un problème industriel réel, non résolu, formulé par quelqu’un qui a effectivement besoin de la solution. Or c’est la seule situation dans laquelle la créativité technique s’exerce en conditions authentiques.
Un mécanisme permettant aux entreprises de déposer publiquement des problèmes techniques ouverts, susceptibles d’être repris comme sujets de projet par les lycées technologiques et les facultés d’ingénierie, avec reconnaissance de la contribution des élèves dans d’éventuelles demandes de brevet, relierait ces deux mondes sans coût significatif.
La reconnaissance précoce oriente
Un jeune dont la première solution technique est primée publiquement a nettement plus de chances de poursuivre dans cette voie que celui dont la solution reste un projet de fin de semestre. La reconnaissance n’est pas une récompense, mais un mécanisme d’orientation professionnelle.
Le soutien financier à la participation des élèves et des étudiants aux salons d’inventions, assorti d’une section débutants évaluée par des spécialistes, transformerait un geste symbolique en instrument de politique éducative.
Le capital humain d’une économie innovante ne se mesure pas au nombre de diplômés en ingénierie, mais au nombre de diplômés capables de concevoir quelque chose de nouveau.
La distance entre ces deux chiffres est le produit d’un choix pédagogique. Et un choix pédagogique, fait à l’échelle du système, est une décision de politique publique.